Anthony Zimmer
”Génie de la finance criminelle, Anthony Zimmer est recherché par toutes les polices du monde. Personne ne sait à quoi il ressemble, mais dans la course qui oppose ceux qui veulent le coincer, Akerman, un flic d’exception, possède une longueur d’avance : il sait que Zimmer prendra tous les risques pour revoir Chiara. Alors que la jeune femme a rendez-vous avec l’insaisissable malfrat, elle reçoit un mot de sa main. Pour perdre ceux qui le pourchassent, Zimmer lui demande d’accoster un inconnu et de faire croire qu’il est celui que tous recherchent. Chiara jette son dévolu sur François, un homme banal qui, fasciné par la jeune femme, va rapidement plonger dans un cauchemar. Entre manipulations et faux-semblants, tous vont découvrir qu’au-delà des apparences, ils ne sont que les pièces d’une partie d’échecs qui se joue en attendant que le maître arrive…”
Le jeune réalisateur Jérôme Salle, pour son premier film, réussit ici un polar à la française agréablement sophistiqué, qui a du charme et du style. L’intrigue est interessante, Sophie Marceau est toujours une excellente actrice et Yvan Attal est surprenant. On pourrait lui reprocher quelques fautes de réalisme ( vous savez le : “ah là c’est un peu gros”), mais l’ensemble est très cohérent et le film ne néglige pas les décors du midi de la France.
Il émane au final de ce film un parfum étrange et pénétrant. Jérôme Salle semble avoir beaucoup vu les thrillers à l’élégance sixties (et fifties) de John Frankenheimer, Norman Jewison, Billy Wilder ou Howard Hawks. Il en a retenu la substantifique moelle, les fragrances complexes du désir suggéré. Replacé dans le contexte actuel de l’internationale du crime et de la finance, d’hôtels de luxe en planques secrètes, d’agences obscures en parkings souterrains, ces lieux deviennent les théâtres symboliques d’une mythologie contemporaine où les silhouettes noires (féminines et automobiles : du frôlement d’une robe au glissement d’un GMC monstrueux aux vitres teintées) sont autant d’indices d’un drame latent.
Mais par l’hyper-esthétisation des plans et une constante dilatation de l’action, les instances du drame se dissolvent, deviennent imperceptibles, jusqu’à se muer en parcours contemplatif de la cinégénie policière. Accompagnant à merveille ce bel hommage au film noir, l’interprétation est à la hauteur de l’excellence du projet. On retiendra particulièrement celle de Sophie Marceau, dans un rôle sophistiqué où rarement elle ne fut plus lumineuse, et de Sami Frey, dont la présence est d’une incroyable intensité. Ce projet ambitieux fait de plus preuve de sa grande classe par une remarquable sobriété de mise en scène, chose plutôt rare dans le cinéma français actuel, et une bande musicale (due à Frédéric Talgorn) tout simplement magnifique.

























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